Académie Souss Massa Draa
Délégation d’Ouarzazate
Lycée Sidi Mohammed Ben Abdellah
Par Idoubiya Rachid
Mon credo 1 : Tout se fait avec méthode...
Mon credo 2 : Analyser, c’est décomposer, synthétiser, c’est recomposer....
Plan :
0- Avant de commencer...
1- Définition et intérêt (fondement épistémologique) de la lecture analytique
2- Quelles compétences doit-on posséder pour appliquer la lecture analytique sur un texte ?
3- Quels instruments d’analyse pour la pratique de la lecture analytique ?
4- Mine de questions.
5- Remarques :
0- Avant de commencer...
La pratique de l’enseignement de la lecture a passé par différents stades. Avant, l’enseignant pensait qu’il y’avait un sens caché dans le texte et demandait à ses élèves de le trouver...La « méthode » de lecture consistait à demander d’exprimer le texte autrement, c’est-à-dire de le paraphraser...Cela s’appelait explication de texte et le maître y prend la part du lion : explication magistrale dont laquelle l’élève occupait le rôle de récepteur attentif mais passif ! C’était lire de façon linéaire en s’appuyant sur les critiques déjà là dans les annales (la genèse de l’œuvre), et parfois lecture morcelée car sans objectifs précis...
Avec l’avènement des sciences du langage : l’énonciation, l’analyse de discours, la pragmatique, la critique de la réception,...le traitement de la séance de lecture a changé. Il ne s’agit plus de dire le texte, mais de construire un sens à partir d’éléments (indices) observés et analysés. Pas donc de préjugé esthétique devant un texte : l’auteur a dit que... La lecture de texte dépasse sa seule compréhension littérale et aboutit à son analyse (décomposition = observation des éléments constitutifs du texte) et à son interprétation (recomposition= produit fini). La lecture devient problématisée cherchant un enjeu et établissant un projet (de lecture). L’élève dans tout cela. Il devient acteur, dans le sens où ses hypothèses de lecture, il va les valider à force d’arguments sous forme d’indices puisés du texte.
Il restait une chose : la planification des objectifs à long terme pour ne pas tomber sur le problème des répétitions stériles : travailler une notion et négliger d’autres. En termes encore plus concrets, il fallait procéder de façon à embrasser l’ensemble des objets d’étude au programme. Comme faire ? Au lieu d’ouvrir la lecture par thèmes, cette démarche (lecture analytique) favorise l’instrumentalisation des outils d’analyse et se focalise sur les différents procédés d’écriture de l’auteur d’un texte à étudier. C’est en quelque sorte : analyser pour simplifier et pour reconstruire un sens (une signification du texte) qui n’est pas nécessairement le Sens : tout dire sur le texte est une mission impossible. La lecture analytique est née de cette évolution des sciences du langage...
1- Définition et intérêt de la lecture analytique :
Observons le tableau suivant :
| La lecture analytique | |||
| Démarche | Philosophie | Epistémologie | Visée |
| - C’est une activité de construction de sens qui commence par l’observation du paratexte puis du texte pour repérer les traits spécifiques de son écriture (Observer des formes, analyser ces formes, utiliser un vocabulaire précis et pertinent, des outils d’analyse adaptés pour construire un des sens possibles à l’intérieur du texte...) Cette observation prélude à (anticipe à) la mobilisation d’instrument d’analyse appropriés. | - Accorder une grande place à l’élève dans l’acte d’apprendre : Il s’agit d’apprendre en agissant. - Comprendre, justifier et organiser, en fonction d’objectifs préalablement définis. | Elle s’inspire de l’approche expérimentale : anticiper, formuler des hypothèses, les valider ou les rejeter. L’élève n’est pas récepteur passif mais acteur actif car il construit un sens (une signification en la justifiant avec des outils d’analyse) La lecture ainsi organisée s’inspire de la psychologie cognitive, qui accorde une grande place à la manière de réaliser la construction de sens (cela s’appelle cognitivisme) et qui favorise la construction de savoirs avec d’autres savoirs (cela s’appelle constructivisme). | - Développer la culture textuelle et méthodologique du lecteur (la capacité de lecture de l’élève). - Procurer à l’élève des outils d’analyses, des méthodes, des opérations mentales. - Posséder des façons d’agir sur les textes en maîtrisant des outils d’analyse (savoirs sur le texte consciemment acquis). |
2- Quelles compétences doit-on posséder pour appliquer la lecture analytique sur un texte ?
| Les compétences de la réception (construction de sens), ce sont les préacquis de l’élève. | ||
| Compétence linguistique : | Compétence encyclopédique : | Compétence logique : |
| C’est la connaissance satisfaisante du lexique et de la syntaxe de la langue dans laquelle l’œuvre est écrite. Concrétisation : ce que je connais sur la langue. | C’est le texte du lecteur, sa culture textuelle, sa compétence intertextuelle. Le sens est donc le résultat du texte de l’auteur et du texte du lecteur... Concrétisation : ce que je connais sur les genres, les courants littéraires, les registres... | C’est ce qui permet de planifier la démarche de construction de sens : l’élève met en rapport ses connaissances lexicales et syntaxiques avec sa culture textuelle et les organise sous forme d’axes de lecture, cela après le repérage des indices et leur organisation en faisceaux... Concrétisation : le texte + (ce que je connais du texte au niveau de la langue : les indices textuels) + ce que je connais en dehors du texte : genre, courants...) + logique d’organisation = signification... |
3- Quels instruments d’analyse pour la pratique de la lecture analytique ?
| Les instruments d’analyse | |||
| les outils lexicaux | Les outils grammaticaux | Les figures de rhétorique | Le système de l’énonciation |
| - Le champ lexical - Polysémie et champs sémantique - Dénotation et connotation | - Les modes verbaux - Les temps verbaux - Pronoms et indices de personnes - Nature et structure des phrases - La ponctuation | Les figures d’atténuation et d’amplification - Les figures d’opposition – - les figures du signifiant. - Les figures d’analogie et de substitution | - Point de vue (ou focalisation) - Récit et discours - Les Paroles rapportées - L’énonciation |
| 4- Mine de questions |
| Répondre à une question sur les champs lexicaux d’un texte. | |
| Quels sont les termes qui décrivent le personnage principal ? Relevez les procédés utilisés par le narrateur pour mettre en valeur Rastignac. Relevez et classez le champ lexicaux qui caractérisent Vautrin : est-il présenté de façon valorisante ou non ? | Analysez le champ lexical de la décadence du père Goriot dans cet extrait. Quels sont les champs lexicaux qui donnent de la maison de Madame de Restaud un lieu de mille et une nuits? Relève le champ lexical de la justice. Relevez les réseaux lexicaux de l’horreur. Quel est le champ lexical dominant dans le premier paragraphe (la maison Vauquer) ? |
| Les lieux sont présentés de manière défavorable : relevez les champs lexicaux qui le prouvent. | Par quel procédé Voltaire valorise-t-il le portrait de Candide ? Repérez les champs lexicaux. |
| Répondre à une question sur les figures de style. | |
| pour décrire la guerre le philosophe a recours à des périphrases et à des hyperboles. Relevez-les. Quelle vision de la guerre offrent-elles ? | Sur quelle métaphore filée la tirade d’Antigone s’appuie-t-elle ? Relevez une figure de style du texte où il s’agit de remplacer un terme par sa définition : de quelle figure s’agit-il ? |
| Quatre termes s’opposent dans cette phrase. De quelle figure de style s’agit-il donc ? | Relevez les figures de style qui introduisent des exagérations dans le passage. Nommez-les. |
| Répondre à une question sur les marques de l’énonciation dans un texte. | |
| De quelle manière, par quels procédés le narrateur se manifeste-il dans son récit ? Quelles sont les marques de son émotion et de sa présence ? | Le narrateur dit « je », il est le personnage principal de l’histoire. Il raconte sa vie. pourrions-nous considérer son texte une autobiographie ? |
| Quelle est la valeur du présent dans ce passage ? A- présent de vérité générale B- de la narration C- de l’énonciation. Justifiez votre réponse. | Par quels indices le narrateur se manifeste-t-il dans le texte ? |
| Répondre à une question sur le point de vue. | |
| Le portrait de Pangloss est fait par Candide. Relevez les verbes de perception dans ce passage. Relevez les détails qui montrent que Candide ne reconnaît pas le personnage. La narration s’organise en fonction du narrateur principal. Comment appelle-t-on ce type de focalisation ? Par quelles remarques le narrateur porte des jugements sur son personnage ? Le portrait du personnage est découvert par l’intermédiaire de Candide. Qu’est-ce qui le prouve dans le texte ? | Le récit est pris en charge par le narrateur omniscient. Justifiez cette affirmation en vous appuyant sur des indices précis. Par quelles remarques le narrateur manifeste-t-il sa présence ? Quels sont les points de vue utilisés de façon successive par l’auteur ? Montrez que ce type de focalisation permet à l’auteur de marquer sa distance avec le personnage. Quelles sont les autres indices de la focalisation interne ? Relevez les verbes de perception présents dans cet extrait. Qui prend en charge le récit ? Quel est le point de vue narratif adopté dans ce portrait ? |
| La description adopte le point de vue d’un personnage pour exprimer ses sentiments : quel personnage prend en charge le passage décrit ? | Le discours indirect libre permet de suivre les pensées d’un personnage, prises en charge par le narrateur. Quel est l’intérêt de ce procédé pour la progression du récit ? |
| Répondre à une question sur la construction des phrases. | |
| Voltaire utilise volontiers des phrases longues. De combien de phrases le texte est-il constitué ? Relevez-en les propositions principales. | Découpez le texte en trois parties en fonction des temps verbaux utilisés. En fonction de la structure des paragraphes, en fonction de l’organisation narrative de l’extrait. |
| Relevez les réactions qui expriment l’émotion du personnage. En quoi la ponctuation vient-elle souligner l’émotion de Candide ? | Quelle est la nature dominante des phrases dans le troisième paragraphe ? Comment appelle-t-on ce genre de question ? |
| Répondre à une question sur les temps verbaux. | |
| Les événements s’enchainent rapidement. Quels sont les verbes d’action qui donnent au récit sa vivacité ? | Repérez les passages où le narrateur interrompt son récit pour exprimer ses sentiments, faire un commentaire, donner une explication. Relevez ce qui distingue chaque épisode : temps verbaux, rythme du récit, narration. |
| Relevez le passé simple. Justifiez l’emploi de ce temps. | L’imparfait est le temps par excellence lorsqu’il s’agit de présenter des faits de second plan : relevez et classez sous forme d’un tableau ses différentes valeurs. |
5- Remarque :
1- Pourrions-nous parler d’une seule et unique lecture analytique ? Ne devrions-nous pas parler de lecture analytique plurielle, en fonction du niveau des élèves, des programmes et des contraintes institutionnelles (le curricula) ?
2- Comment relier la lecture analytique à la séance de langue (dans une démarche décloisonnée) ?
3- La pratique de la lecture analytique langue maternelle est la même que celle dans la langue seconde ou étrangère ?
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